Journées Françaises de Radiologie

Editorial

Publié le 17/02/2010, mis à jour le 13/08/2010 par SFR

 

L'imagerie au cœur de la prise en charge des patients

 

Philippe Devred
Président de la Société Française de Radiologie

 

La Société Française de Radiologie a 100 ans. Dès la Grande Guerre, l'imagerie médicale s'est imposée dans la prise en charge des blessés, les installations radiologiques fixes ou mobiles, comme « les petites Curie », ont rendu les plus grands services au cœur même des zones de conflit. La paix revenue, ces installations se sont multipliées dans les hôpitaux soit dans des services centralisés, soit au plus près des patients dans les unités de soins, en particulier les appareils de radioscopie manipulés par nombre de médecins formés ou non : la radiologie devient bien un outil considéré comme indispensable à la prise en charge des patients. L'essor technique de l'imagerie par rayons X a contribué de façon spectaculaire à l'amélioration du diagnostic médical grâce à l'action des radiologues qui ont fait preuve d'une ingéniosité étonnante pour ouvrir des pistes nouvelles, en collaboration directe avec les constructeurs, les chimistes et les physiciens.
Comme les « terra incognita » sur les cartes de géographie du 19ème siècle, de nombreuses zones anatomiques sont restées longtemps inexplorées et inaccessibles. Ces territoires ont pu être partiellement pénétrés par les développements des produits de contraste ou de l'endoscopie. Cependant en pathologie abdominale par exemple, la laporotomie exploratrice a régné comme référence ultime pendant plusieurs décennies.
A partir des années 70 l'apparition de l'imagerie par ultra sons et de l'imagerie en coupe par rayons X, puis plus tard de l'IRM, va permettre de visiter les moindres recoins du corps humain. L'approche anatomique par l'imagerie est devenue extraordinaire, un certain nombre de données fonctionnelles essentielles peuvent être obtenues conjointement, avec une réduction considérable des désagréments inévitables, autrefois imposés par des techniques aujourd'hui révolues. L'imagerie est réellement au cœur de la prise en charge des patients. Elle peut permettre la mise en évidence précoce d'une anomalie qui ne s'est pas encore exprimée cliniquement comme dans le dépistage du cancer du sein par mammographie couplée à l'échographie, celui d'une anomalie coronaire par TDM ou d'une malformation fœtale par échographie. La précision anatomique et fonctionnelle de l'IRM dans le bilan initial de certaines pathologies fréquentes comme par exemple l'accident vasculaire cérébral a une portée considérable pour la prise en charge à titre individuel mais aussi en terme de santé publique, avec le problème de l'accès à cette technique en urgence. Ceci nécessite des machines en nombre suffisant « pilotées » par des spécialistes compétents et accessibles dans les délais requis en particulier en cas d'urgence. Dans toutes les structures de soins, les plateaux d'imagerie occupent une place centrale, au coeur des urgences et des consultations. La multiplication, la sophistication et l'évolution rapide des outils ne permettent plus aux cliniciens de s'approprier l'imagerie que ce soit pour le choix de la bonne technique ou pour la lecture fine des images. Le radiologue ne doit pas être masqué par ses écrans, il participe au choix de la stratégie d'exploration pour chaque patient en privilégiant la technique la plus performante et la moins agressive permettant d'apporter à celui ci un bénéfice réel. Il intervient dans l'établissement du diagnostic et dans un certain nombre de cas directement dans la prise en charge thérapeutique (imagerie interventionnelle). Il joue enfin un rôle essentiel dans le suivi des patients. C'est donc au radiologue, en concertation avec le patient et les médecins intervenant dans sa prise en charge, de remplir pleinement ces différentes étapes médicales. Dans les mois à venir, à travers les collèges professionnels régionaux, il va falloir s'investir auprès des agences régionales de santé pour placer les radiologues et l'imagerie au coeur des réseaux de soin, afin d'assurer une bonne prise en charge de nos patients.

  Ph Devred